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NOIR ET BLANC MUSTAPHA MOHAMMEDI

9 septembre 2013

Mustapha Mohammedi, SOUGUEUR

Publié dans Liberté le 25 – 10 – 2009

Il n’y avait pas d’hôtel à Trézel. Le seul établissement se trouvait au chef-lieu, 20 kilomètres plus loin et il était inaccessible et hors de portée. Et quand un étranger de passage était forcé de passer la nuit dans ce bourg du fond de la steppe, il n’avait d’autre choix que de loger chez l’habitant, de louer un matelas au bain maure ou de se contenter de l’écurie. 
Pour ceux qui n’ont pas connu cette époque, les écuries de village étaient de véritables institutions. Dans ces trous à rat qui tenaient du caravansérail et de l’enclos, et qui sentaient perpétuellement le fumier, on pouvait dormir entre deux bottes de foin, faire manger ses bêtes et même marquer son troupeau avant que le jour se lève. Deux écuries se disputaient alors la clientèle des khames et des paumés. La première appartenait à Dame Kheira qu’on surnommait “El-Amya” parce qu’elle était borgne, et la seconde à la veuve Bayazid. Les méchantes langues disaient que le défunt Bayazid a finalement laissé à sa femme les deux prunelles de ses yeux, “bent ou kouri” (une fille et une écurie).
Passe pour l’écurie, mais l’adolescente, c’était une autre paire de manches : elle était si belle qu’elle faisait tourner toutes les têtes. Il était difficile de croire qu’une telle créature aussi fraîche qu’une source et à la peau aussi blanche que l’albâtre ait vu le jour au milieu de la bouse et du crottin. À 18 ans, elle décidait de “monter” à la grande ville pour se construire. Le hameau n’était pas assez grand pour ses ambitions.Nous sommes en 1944 et les Américains font la pluie et le beau temps à Oran.C’est là, au détour d’une rue, qu’elle rencontrera son destin. Un marine éperdument amoureux. Un marine qui ne la quittera plus. Il l’embarquera même dans les bagages de la VIe Flotte après la victoire des alliés. Le rêve américain d’une petite fille de village s’était enfin réalisé. Elle vivra en Virginie et aura beaucoup d’enfants en plus d’un ranch que lui léguera son époux. En 1957, et grâce à un visa français, elle remettra les pieds pour la dernière fois au village. Ses gestes seront surveillés de très près par la police.
Elle montera par bravache tous les chevaux de l’écurie maternelle. En jean et chapeau cow-boy devant des colons scandalisés. De retour dans ses terres, elle enverra chaque mois une lettre à sa vieille maman dont l’enveloppe était toujours libellée : Mme Bakhta, hôtel Bayazid.

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À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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