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Massacre

30 juillet 2008

SOUGUEUR

SILENCE DE LA FRANCE

Cette démarche, qui milite pour le reniement du passé colonial par le colonisateur lui-même, nous la devons à une minorité d’intellectuels et écrivains français, démarche qui n’a pas encore fait boule de neige comme d’ailleurs elle n’a pu le faire pendant la guerre d’Algérie. En effet, le FLN n’a jamais été soutenu par des courants politiques français

hostiles à la guerre d’Algérie mais par des individualités dont certaines devaient même se désolidariser d’avec la ligne politique de leur propre parti, le PCF notamment, qui choqua plusieurs de ses militants en s’alliant au vote des pouvoirs spéciaux contre les insurgés algériens. Face aux débats qui s’instaurent sur le passé colonial français en général et sur la torture en particulier, les institutions officielles françaises gardent un mutisme fort intrigant. De quelle amitié franco-algérienne – au sens politique – peut-on parler, si officiellement en France on refuse encore de reconnaître qu’en Algérie, de 1830 à 1962, l’armée française a commis, au nom de la monarchie ou de la République ou dans les deux cas au nom du peuple français, des crimes des plus ignobles et qu’il soit admis, en définitive, que les guerres coloniales ont gravement et honteusement déshonoré l’humanité, de même qu’il faut complètement démolir la justification des crimes collectifs perpétrés contre une grande partie de cette même humanité ? Les débats sur la torture qui furent relancés en France en 2000 suscitèrent bon nombre de réactions, notamment de la part de ceux qui s’étaient toujours opposés à ces pratiques alors que la guerre d’Algérie faisait rage. Il s’agit d’un « appel des Douze » parmi lesquels Henri Alleg, Josette Audin, Simone de Bollardière, Nicole Dreyfus, Gisèle Halimi, Pierre Vidal-Naquet, Germaine Tillon…) : « Pour nous, citoyens français auxquels importe le destin partagé des deux peuples et le sens universel de la justice, pour nous qui avons combattu la torture sans être aveugles aux autres pratiques, il revient à la France, eu égard à sa personnalité de condamner la torture qui a été entreprise en son nom durant la guerre d’Algérie. » (L’Humanité du 31 octobre 2000). Non seulement cette France, à travers ses représentants officiels, persiste à garder le silence sur un dossier aussi dramatique mais elle accepte d’assumer, sans regret ni honte, les pages noires du passé colonial, notamment en gratifiant les harkis de décorations et se gardant de désavouer les 328 officiers ayant servi en Algérie et qui, dans leur manifeste, tentent péniblement de justifier la torture tout en attaquant honteusement Raphaëlle Branche et Sylvie Thénault pour leurs livres respectifs La Torture et l’Armée pendant la guerre d’Algérie et Une drôle de justice : les magistrats dans la guerre d’Algérie ». Mais la police et l’armée françaises qui se faisaient assister dans les séances de torture par des « pieds-noirs » connus pour leur haine viscérale contre l’Arabe, ne limitaient pas leurs tristes besognes uniquement à la torture. Le but poursuivi par les autorités coloniales visait à introduire le peur dans les esprits des Algériens et de ce fait les terroriser pour les désolidariser du FLN. Pour entretenir cette peur, l’armée française innova le spectacle macabre par l’exposition de cadavres sur les places publiques. Ces actes dignes de la barbarie des temps révolus eurent lieu un peu partout en Algérie, notamment à Sougueur, Clos Salembier, Rahouia, Tiaret, Malakoff, Miliana, Khemis Miliana, Berrouaguia. D’autres lieux restent encore méconnus et il faudrait nécessairement recenser et identifier en même temps que tous les corps sans vie jetés dans la rue. Raphaëlle Branche, évoquant ce chapitre, cite quelques exemples d’exposition de cadavres à travers certains espaces dont « quelques secteurs se distinguent, comme celui de Tiaret, où la guerre est plus vive que d’autres endroits de l’Oranais. En février 1959, le cadavre d’un homme responsable d’un attentat est exposé pendant deux heures place Carnot (…). Le Monde publie la lettre d’un de ses lecteurs précisant la mise en scène : « La foule musulmane était canalisée pour voir Marouf Addi. Quand je dis  »canalisée », cela veut dire que la police  »’forçait » les civils musulmans à passer devant le cadavre » (La Torture et l’armée, p. 284). A ce sujet, nous signalons pour notre part que Maârouf Addi avait rejoint l’ALN après que son véhicule eut servi comme voiture piégée le 30 octobre 1958 à la rue Cambon (Tiaret). La place Carnot (actuellement place des Martyrs) et son kiosque à musique sur lequel on adossait les cadavres servaient désormais à ce genre de spectacle. Plusieurs fidayine avaient fait déjà l’objet de ces actes qui se traduisent par la poursuite des atteintes à la dignité humaine, même à l’encontre de corps sans vie. Le plus choquant de ces actes qui avaient tendance à se généraliser fut commis le 8 juin 1958 et consista d’abord à assassiner trois jeunes Algériens pour les pendre ensuite par les pieds aux arbres de la place Carnot. Parmi ces hommes, on identifiait le célèbre chanteur Ali Maâchi. Pour rendre hommage à l’artiste-martyr, l’Algérie, répondant au vœu de sa ville natale, a décrété le 8 juin comme Journée nationale de l’artiste. C’est aussi l’hommage rendu à tous les artistes qui s’étaient mêlés au combat de novembre ainsi qu’à tous ceux qui, après l’indépendance, ont servi avec amour et talent les arts et la culture. Le fait colonial dans son ensemble aura apporté plus de mal que de bien à l’humanité et en vérité il aura « décivilisé aussi bien le colonisateur que le colonisé », selon la formule clairvoyante du poète antillais Aimé Césaire. Gilles Manceron souligne avec force que « la torture et les assassinats de prisonniers pratiqués sur une grande échelle par un certain nombre de militaires français pendant la guerre d’Algérie ne sont que la partie émergée d’un iceberg beaucoup plus vaste : celui de la violence coloniale, depuis les débuts de la conquête jusqu’aux affrontements précédant les indépendances. » (Marianne et les Colonies, p. 3123).

Amar Belkhodja

 

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À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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